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Renaissance et progrès de la science en Islam

       

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Renaissance et progrès de la science en Islam

 

Abd  Raouf Chouikha

Dès son apparition, l'Islam s'est doté de tous les atouts pour favoriser la naissance d'une nouvelle civilisation. Celui-ci n'est pas seulement un ensemble de croyances religieuses, mais plutôt un ensemble de préceptes moraux et d'idéaux concernant tous les aspects de la vie humaine, à la fois temporel et spirituel.
Le principe moteur de cette civilisation est donc la foi islamique, dont le véhicule est la langue arabe.

 

Est ce une civilisation arabe ?

Prétendre que cette civilisation est arabe à cause de la langue, prête à confusion. Cela supposerait tout d'abord une assise nationale, or nous savons que l'Islam est de par sa nature supranational et universel. Notons que le nationalisme a hélas toujours existé chez les arabes ; d'après Ibn Khaldoun , il était désigné par le terme Su'ubiya , signe de la Dja'hiliya (période de décadence). Par ailleurs, l'expression " civilisation arabe " risque de s'appliquer au seul groupe des nations arabes, alors que beaucoup d'autres peuples ont largement contribué à son essor (à savoir les Perses, les Turcs, les Africains et autres peuples asiatiques).
En fait, comme nous allons le montrer plus loin, la civilisation de l'Islam et les progrès qu'elle a apportés à l'humanité n'auraient pu exister sans la dynamique engendrée par la foi El Iman.

Le début

Le Prophète de l'Islam , s A s (que la paix de Dieu soit avec lui) désespérait de l'état de la société de la Mecque et avait l'habitude de se retirer dans la caverne du mont Hira pour y méditer et adorer le Dieu unique . En un jour de Ramadan de l'an 610, Dieu entra en communication avec lui par l'intermédiaire de l'ange Ji'bril.
Il reçut un ordre : Iq'ra (lis !) , c'est le premier verset du Qor'an. Une nouvelle foi est née depuis ce jour; elle attira un petit nombre de fidèles, qui étaient tous égaux sous l'autorité du Dieu unique. L'universalisme remplaça le tribalisme.
Le Prophète a dit à plusieurs reprises : " Il n'y a pas de différence entre un Arabe et un non-Arabe, entre un Blanc et un Noir; les meilleurs d'entre vous sont ceux dont la piété est la plus grande. "
Les femmes se virent reconnaître l'égalité totale avec les hommes. Ces nouvelles idées suscitèrent une farouche opposition de la part des tribus païennes. Les premiers musulmans furent persécutés, maltraités et souvent torturés du fait de leurs croyances.
Beaucoup durent cacher leur foi, d'autres se réfugièrent en Abyssinie. Leur courage, leur résistance pacifique et leur détermination portèrent enfin leurs fruits ; une délégation de la ville de Yath'rib rencontra le Prophète et accepta le message. Tous les musulmans reçurent alors l'ordre d'émigrer vers Yath'rib .
Après s'être assuré de leur départ, le Prophète lui-même fuit les persécutions avec son compagnon Abu Bakr le 20 juin 622, sous une chaleur accablante et parcoururent les 470 kilomètres de désert aride et caillouteux.
Par la suite, les musulmans considèreront l'an 622 comme la première année de l'Hij'rah , c'est à dire de l'émigration. Cette date marque la naissance de l'état musulman. Yath'rib sera rebaptisée Al Madinah Al munawwarah (la ville des lumières).

Une société ouverte grâce au Coran

 

La société musulmane de Médine n'est pas du tout fermée aux idées nouvelles, bien au contraire. C'est à Salman al Farisi, le compagnon perse du Prophète, qu'on attribue le mérite d'avoir introduit des techniques inconnues dans la péninsule arabe, celles par exemple qui seront utilisées pour construire une tranchée autour de Médine. Le Prophète connait l'existence des maladies contagieuses et il donne l'ordre suivant : " lorsque les épidémies frappent votre pays , restez-y si vous y êtes, n'y pénétrez pas si vous êtes à l'extérieur. "
Dès le début, la mosquée est un centre d'études. Le Prophète lui-même y enseigne les préceptes de l'Islam et, chacun est invité à enseigner aux autres ce qu'il sait. Les prisonniers de guerre peuvent acheter leur liberté en apprenant à un musulman à lire et à écrire.
Le Prophète recommande aux musulmans d'être persévérants dans la recherche de la connaissance et de combattre l'ignorance : " La connaissance est un devoir pour tout musulman, homme ou femme " . Ou encore : " Allez chercher le savoir jusqu'en Chine s'il le faut. "
Le Coran invite les croyants à découvrir le royaume de Dieu par l'étude afin de consolider leur foi :
" Sur la terre, il y a des preuves pour ceux qui croient, et aussi en toi-même, ne les vois tu pas ? " (surah 51, ayah 20 et 21).
Les croyants sont encouragés à faire usage de leur raison et de leur esprit, non dans un but spéculatif , mais pour la recherche de la vérité, afin de découvrir soi-même des preuves suffisantes permettant d'améliorer et d'affermir sa foi dans ce monde et dans l'autre.
A la mort du prophète, la société musulmane verra ses bases se consolider, et la foi dynamique assurer sa croissance rapide.
Pour les croyants, le Prophète Muhammed (s A s) est le dernier et le plus grand messager que Dieu ait envoyé au genre humain pour le sauver et le remettre dans le droit chemin. Pour des non-musulmans honnêtes, comme le poète Lamartine : " Muhammed est un grand génie , à partir d'un lieu des moins propices, parmi un peuple des plus obscurs , il avait crée sans aucune aide, animé de la plus noble inspiration , une grande civilisation en un temps record ".

Naissance d'une tradition scientifique

L'ère des Califes (Khulaffa Errachi'dun) et des Omeyyades est une ère de croissance et de consolidation. Ce n'est que sous le règne des Abbassides , que la civilisation islamique commençe à prendre son essor. Les califes tels que Al Mansour, Al-Rashid, et Al Mamoun participent en personne au développement de la recherche scientifique. Ils créent une académie des sciences appelée Bayt el Hikmah (maison de la sagesse). Ils favorisent ainsi une étude scientifique rigoureuse.
Les musulmans commencent par assimiler toutes les connaissances acquises avant eux par les Grecs, les Perses, les Indiens et les Chinois. Après cette phase, débute une longue période au cours de laquelle les musulmans corrigent les observations des Anciens et ouvrent de nouveaux champs de recherche.
Au cours de ce processus, ils évitent plusieurs erreurs qui auraient pu les conduire à perdre leur originalité. A savoir, ils restent fidèles aux principes de l'Islam ; ils s'en tiennent au fait et laissent les hypothèses de côté. Ils réunissent les ouvrages de médecine, de mathématiques, d'astronomie et de géographie mais négligent la poésie et la mythologie. Par ailleurs, ils favorisent l'universalité de la langue arabe en traduisant toutes les connaissances antérieures en arabe ; Cette langue devient ainsi un instrument efficace de communication scientifique entre les savants du monde entier. Le fait de connaître l'arabe par exemple et d'avoir étudié à Cordoue est un atout majeur pour Sylvestre II d'être élu pape à Rome en 998.
Durant cette période, des universités et des laboratoires de recherche connaissent un essor dans toutes les ville.

 

Les musulmans et les mathématiques

 

Au départ, les premiers musulmans utilisent les lettres de l'alphabet comme nombre, mais au IXe siècle, les musulmans de l'ouest inventent l'Arqam al- ghubariyah 1, 2, 3, …. Ceux de l'est utilisent l'Arqam al-Hindiyah , d'origine sanscrit. L'une de leurs plus grandes inventions est le zéro (Sifr qui donnera plus tard le nom chiffre). Combiné avec les neuf chiffres de base, le zéro permet d'exprimer simplement les nombres ayant une infinité de valeurs. Ils élaborent aussi un nouveau modèle introduisant la notation décimale.
Un des plus grands génies mathématiques est Mohamed Ibn Mousa Al-Khawarizmi (750-850) originaire de l'Asie centrale. Son nom est à l'origine du mot " algorithme ". Dans son ouvrage célèbre Hisab al Jabr wal Muqabalah, il définit une méthode simple de résolution d'équations. Il met au point une méthode permettant d'extraire la racine carrée (jidhr ) d'un nombre. Il fait également progresser la trigonométrie et, utilise les sections coniques pour résoudre les équations.
Un autre savant originaire de Kufah , Ya'qub Ibn Ishaq al- Kindi (801-870) est le premier à élaborer une géométrie sphérique qu'il utilise dans ses travaux d'astronomie.
Thabit Ibn Qurrah al-Harrani (835-900) traduit plusieurs oeuvres de mathématiciens grecs. Il généralise le théorème de Pythagore, il résoud des équations du 3ème degré au moyen de la géométrie.
Med Ibn Jabir Al-Battani (850-929) développe la trigonométrie sphérique.
L'afghan Abu al-Wafa al-Buzjani prolonge les travaux d'Al-Khawarizmi sur les équations et découvre les fameuses formules de trigonométrie.
Abu Bakr al-Karkhi , qui meurt a Bagdad en 1024, élabore des formules d'approximation pour résoudre des équations. Il découvre les formules donnant la somme des nombres , ainsi que leur carré et de leur cube.
Le physicien Ibn al-Haitham ( 965-1069) essaye de démontrer le 5è postulat d'Euclide (sur les parallèles) en utilisant un quadrilatère trirectangulaire, appelé plus tard le quadrangle de Lambert.
Le perse Umar al-Khayyam (1045-1121) , l'auteur des fameux quatrains généralise les travaux d'Al Karkhi sur la progression des nombres élevés à une puissance quelconque. Il résoud les équations du 3è degré au moyen des sections coniques.
Un des derniers savants d'Al-Andalus , Abu al-Hassan al-Qalasadi (1412-1486) définit les symboles algébriques, bien avant le mathématicien Viète . La racine carré notée ha, l'inconnue x (xay en espagnol, prononcée chay' ), le carré ma=2. Il parvient ainsi à simplifier l'écriture d'une équation. Nous savons que cette symbolique a grandement contribué à l'éclosion de la science moderne pendant la Renaissance.

Les musulmans et la physique

 

Au IXème siècle, l'ouvrage de base est le livre Kitab al Hiyal de Musa Ibn Shakir et de ses fils Ahmad et Hassan . Dans cet ouvrage, ils étudient les lois de la mécanique et posent les problèmes de la stabilité des mouvements.
Le philosophe Abu Nasr al Farabi (872-950) montre l'existence du vide par des expériences.

L'égyptien Abd al Rahman Ibn Yunus (mort en 1009) invente le pendule et, l'utilise bien avant Galilée pour mesurer le temps.
Le génie exceptionnel Al Hassan Ibn al Haitham (Alhazan en Latin) est le père incontesté de l'optique moderne.
Il démontre les lois de la réfraction de la lumière attribuées plus tard à Snell von Royen. Il réfute les théories optiques des grecs.

Il montre que l'œil agit comme une lentille. Il calcule la hauteur de l'atmosphère (88 km environ). Il montre avec Ibn Sina que la vitesse de la lumière est nécessairement finie.
Al Biruni quant à lui, montre que la vitesse du son est très inférieure à celle de la lumière.
Abu al Fath Al Khazin de Marw (Asie centrale) est le plus brillant physicien du XIIème siècle.

Dans son ouvrage Mizan al Hikmah , traité de mécanique et d'hydrostatique, il obtient des résultats revendiqués plus tard par le savant italien Torricelli . Il est le premier à utiliser l'aéromètre pour mesurer la densité et le température d'un fluide.L'un des derniers grands physiciens Qutb al Din al Shirazi (1236-1311) explique le phénomène de l'arc-en-ciel, par la réfraction des rayons solaires au travers des particules d'eau suspendues dans l'air.

Les musulmans et l'astronomie

 
Observatoire astronomique d'Ulugh Beg à Samarcande

Ibrahim al Fazari , mort en 777 invente l'astrolabe (al asturlab); celui-ci permet de déterminer par avance les éclipses de lune et de soleil ainsi que les moments de la prière. Al Hajjaj Ibn Yusuf traduit l'Almageste de Ptolémée. Il favorise la construction de plusieurs observatoires astronomiques qui attirent des astronomes de toutes nationalités.

Le calife Al Mansour donne l'ordre aux savants de Bayt al Hikmah de mesurer la circonférence de la terre. Leur calcul donne : 56666 miles arabes, correspondant à 40253 kms (la valeur exacte étant 40068 à l'équateur).
Al Battani (Albategenius en latin) calcule l'inclinaison de l'écliptique 23°35' et la durée de l'année solaire 365j 5h 76' (soit une erreur de 2'). Il calcule la distance terre-soleil : 1108 rayons terrestres en moyenne (soit une erreur de 20).
Abul Abbas Ibn Kathir de ferghana qui vit au IXème siècle, calcule les distances séparant les planètes, l'unité étant le rayon terrestre; terre-lune : 64,166 (la valeur exacte étant 63,376) et terre-Mars : 8876 (la valeur exacte étant 8841). Notons que ces résultats seront utilisés jusqu'à la Renaissance .
Le perse Abd-Rahman Al Sufi (903-986) dresse le catalogue des étoiles fixes ainsi que la carte de leur position. Ce catalogue ne sera réellement modifié qu'au XVIIIème siècle par Charles Messier . La nébuleuse d'Andromède par exemple, décrite par Al Sufi , sera désignée sous le nom M 31.
Ibn al Haitham utilise l'optique pour déterminer exactement la position de certaines étoiles.
L'afghan Abu al Wafa al Buzjani (940-998) découvre la libration dans le mouvement de la lune appelée la 3ème inégalité, qu'on voudra attribuer à Tycho Brahé , l'astronome du XVIème siècle. Al Buzjani remarque que cette libration atteint un maximum (de 40') au moment de la pleine lune. Plus tard, cette inégalité sera interprétée par le problème képlérien des 3 corps.
L'astronome et savant syrien Ala al Din Ibn al Shatir (1306-1375) met sur pied une nouvelle théorie lunaire pour corriger les erreurs des Anciens. Cette théorie plus conforme aux observations, sera attribuée à Copernic un siècle et demi plus tard. Ibn al Shatir trouve que l'inclinaison de l'écliptique est de 23° 31' (notons que sa valeur exacte est de 23° 31' 19,18'').

Les musulmans la médecine et la pharmacopée


Anatomie de l'oeil, par al-Mutadibih (XIIIe siècle).

Des hôpitaux généraux fleurissent à mesure que se développe l'état musulman. Un des premiers établissements spécialisés –une léproserie- est construit par l'omeyyade A Walid en 707. Sous le règne du calife abbasside Al Mamun , on organise les pharmacies sous contrôle de l'état, un pharmacien en chef officiel est nommé dans chaque grande ville.
Un de plus grands traducteurs de Galien, d'Hippocrate, et de Discoride est le chrétien nestorien Hunayn Ibn Ishaq (IXème siècle).
Le premier grand médecin musulman est Abu Bakr Al Razi (Rhazes en latin). Il est le premier à distinguer la variole de la rougeole. Il nous laissera entre autres une encyclopédie de 24 volumes : Kitab al Hawi . Dans l'un de ses nombreux ouvrages : Sirr al Asrar consacré à la pharmacopée, il classe les médicaments après en avoir expérimenté les nouveaux sur des animaux.
Le chirurgien Abu al Qasim al Zahraoui qui nait à Qurtubah en 936 décrit les instruments chirurgicaux qu'il utilise dans les opérations à travers un ouvrage de 30 volumes : Al Tasrif Liman Ajaza ' ani al Ta'lif. Cette œuvre demeure un classique pendant 5 siècles.
Le génie universellement reconnu Al Hassan Ibn Sina (980-1036) est le premier à donner une description correcte de la méningite. Il donne les descriptions précises des maladies contagieuses notamment de la tuberculose. Son ouvrage consacré à la médecine Al Qanun f'il Tibb fait autorité en Europe pendant plusieurs siècles. Il y décrit bon nombre de pathologies, en particulier celles liées aux maladies infantiles, à la gynécologie, etc.
Le plus grand spécialiste musulman en pharmacopée est incontestablement l'andalou Abd Allah Ibn al Baytar (1197-1248) originaire de Malaqah. Il écrit une encyclopédie des médicaments Al Jami' f'il al adwiyah al Mufradah.

On lui doit la découverte de 300 médicaments parmi les 1400 qu'il énumère.
Un des grands génies en médecine Ala' al Din Ibn al Nafis, originaire de Damas (1210-1298) écrit un ouvrage Sar'h Qanun Ibn Sina , dans lequel il corrige bon nombre d'erreurs commises par son prédécesseur. Il établit une description correcte de la circulation du sang dans les petits vaisseaux. Cette découverte sera attribuée trois siècles plus tard aux traducteurs européens.

Autres domaines scientifiques


Les sources du Nil
de Ibn Hauqal, Manuel de géographie, fin du Xème siècle

 
         
La boussole est bien connue des navigateurs musulmans qui inventent le compas de marine (en plus de l'astrolabe). Ils construisent des ports pour leurs navires, des ateliers de réparation appelés Dar al Sina'a (arsenal). Chaque navire est placé sous les ordres d'un commandant appelé Amir al Bahr (amiral). Ils utilisent une nouvelle méthode pour s'orienter au moyen des étoiles : en chaque point, ils déterminent sa longitude et sa latitude. Dans l'hémisphère sud, les nuages dits de Magellan, sont connus depuis le XIIème siècle.

Des explorateurs musulmans parcourent la Chine, le Japon, l'Europe, notamment la Scandinavie, l'Irlande, l'Allemagne, la France et la Russie. Ces pays sont parfaitement décrits par des géographes dès le IXème siècle, tels Ahmad al Ya'qubi dans son kitab al Buldan, 'Ubayd Allah Ibn Khurd Dhabah dans son Al Masalik w'al Mamalik. Abul hassan al Mas'udi publie un atlas détaillé de tout le monde connu. Un andalou de Gharnatah , Abu Hamid AlQaysi (1080-1169) visite l'Europe orientale et la Russie. Il devient le Cadhi de la communauté musulmane établie en Hongrie.
La marocain Al Idrisi est à la fois savant et géographe, promoteur de la géographie mathématique moderne ; il invente une méthode de projection cylindrique de la surface terrestre qu'on voudra attribuer au flamand Gherard Mercator , quatre siècles plus tard. Al Idrisi divise la terre en sept aqalim , chaque iqlim est compris entre deux méridiens. Chaque iqlim est divisé en dix régions, obtenant ainsi une carte du monde en soixante-dix feuilles.
Signalons au passage Sihab al Din Ibn Mjid (1433-1533), originaire d'Oman qui commande le navire de Vasco de Gama et, lui fait traverser l'océan indien. Signalons aussi que l'andalou Rodrigo de Lope est membre de l'expédition de Christophe Colomb, lors de la " découverte " du nouveau monde. Celui-ci ose déclarer ouvertement sa foi musulmane malgré l'intolérance et le début de l'Inquisition en Espagne.
Notons aussi les contributions dans d'autres champs.
Le livre de zoologie Kitab Hayat al Hayawan al Kubrah de Kamal al din al Dumayri (mort en 808) ainsi que kitab al Hayawan de Jahidh sont bien connus, même hors des frontières de l'Islam. Ils y décrivent des centaines d'espèces animales.
Al Daynari (mort en 894) publie un traité de botanique comprenant six volumes.
L'historien andalou Abd Rahman Ibn khaldoun (1332-1406) est reconnu cinq siècles avant Auguste Comte (1840), comme l'inventeur de la sociologie. Il le revendique lui-même dans la préface d'Al Muqaddimah " Notre propos actuel est une conception nouvelle …. C'est une science indépendante, dont l'objet spécifique est la civilisation des peuples (al 'umran al bashari) et la société humaine (al ijtim'a al insani). "

 

Epilogue

Cet exposé est loin d'être exhaustif. Cette ébauche ne nous donne qu'un bref aperçu de la production scientifique; on espère seulement éclairer le lecteur sur l'originalité et la qualité de la recherche chez les musulmans, que l'histoire hélas a voulu occulter pour des raisons politiques évidentes.
Celle-ci a pris sa source dans le Qur'an, référence fondamentale et spirituelle de base des savants de l'Islam.
La contribution des musulmans dans les divers domaines de la science durera presque un millénaire.

On peut observer trois grandes étapes :

  • une étape de maturité marquée par une intense activité spéculative et de créativité scientifique dans un environnement très propice; celle-ci reflétant les besoins variées et les attentes d'une société, avide de savoir.
  • une étape d'intérêt, d'entretien voire de consolidation des connaissances héritées et parfois mal assimilées.
  • une étape de déclin marquée par un désintérêt scientifique et une absence presque totale d'activité spéculative. La science devient une quête isolée dans un environnement sans repère précis, en proie à l'ignorance.

Cependant, il ne sera pas aisé de donner des dates précises pour délimiter ces étapes dans le temps, qui se succéderont et s'alterneront dans des aires différentes, souvent très éloignées.
Dans le monde de l'Islam, les foyers d'activités scientifiques se relaient au cours de l'histoire, attirant vers eux le cortège de médecins, d'astronomes, de philosophes et de savants à la recherche d'un environnement plus clément, et ce jusqu'au déclin définitif qui s'amorcera au XVIIIème siècle .
Pourquoi cette décadence ?
Celle-ci peut s'expliquer par divers facteurs :

  • Le désir de connaissance n'est plus ancré dans les esprits de la société musulmane tel qu'il était auparavant. Ce fait a été souligné par Ibn Khaldoun, dans Al Muqaddimah : " les activités scientifiques et les compétences techniques ne peuvent exister dans une société que si elles y sont profondément enracinées ".
  • La langue arabe s'est appauvrie, a perdu son caractère de langue scientifique et n'est plus l'unique instrument de communication entre les peuples musulmans.
  • L'émergence des concepts de nationalisme et d'état-nation, ont favorisé le repli sur soi, et verrouillé les peuples dans des frontières, parfois difficiles à franchir.

Tout ceci a concouru à ramener les peuples musulmans, à la structure tribale, celle précisément combattue par le prophète de l'Islam s A s, qui préconise le remède dans un Hadith : " Seul ce qui a été bénéfique au début pour cette nation -Ummah- le sera également à la fin ".

 


BIBLIOGRAPHIE

 

  • G. Anawati, " Science ", The Cambridge History of Islam, vol 2B, Cambridge University Press.
  • R. Arnaldez et L. Massignon, dans Histoire générale des sciences, t.1 : La science antique et médiévale, sous la direction de R. Taton, PUF, Paris 1957.
  • G. Sarton, Ancient Science and Modern Civilisation, University of Nebraska press, 1954.
  • Encyclopedy Britannica
  • M. Houtsma, The Encyclopaedia of Islam, vol 1, Leyde, E.J. Brill, 1913.
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  • L.A. Sédillot, Histoire des Arabes, Paris, 1856
  • P. Carra de Vaux Les Penseurs de l'Islam, Paris, 1921-26, 5 vol.
  • A. Youschkevitch, Les Mathématiques Arabes (VIIIe-XVe siècles), trad. Par M. Cazenave et K. Jaouiche, Vrin ed., Paris, 1976.
  • Ibn Khaldoun, Al Muqaddimah, trad. Franç. Par Vincent Mansour Monteil, Discours sur l'Histoire Universelle.

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